Un accord FOREC–RVF pour désenclaver le Grand Kasaï et le Sud-Ubangi

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(Par Nico Minga, économiste et géostratège)

La République Démocratique du Congo veut remettre ses voies d’eau au cœur de son économie. L’accord stratégique signé entre le Fonds de régulation économique du Congo (FOREC) et la Régie des voies fluviales (RVF) porte sur le balisage et la sécurisation du fleuve Congo, de la rivière Kasaï et de leurs affluents. Son ambition est de désenclaver les territoires du Grand Kasaï, du Sud-Ubangi et plusieurs provinces avoisinantes.

Cette initiative traduit les efforts conjoints du Vice-Premier Ministre, Ministre des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba, et du Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba. Leur démarche associe la sécurisation des corridors fluviaux à la régulation des marchés, afin de faciliter la circulation des personnes et des marchandises tout en améliorant l’approvisionnement des zones enclavées.

L’accord prolonge la campagne nationale de balisage lancée le 25 août 2026 par Félix Tshisekedi au port de l’ONATRA, à Kinshasa. L’opération mobilise notamment deux baliseurs, une drague multifonctions, vingt canots rapides et quatre pousseurs de sauvetage. Une péniche métallique d’une capacité de 98 passagers a également été remise à l’ONATRA.

La RDC disposerait d’environ 25 000 kilomètres de voies navigables explorées, dont près de 16 000 kilomètres classifiés. Mais ce réseau reste sous-exploité en raison de l’ensablement des chenaux, de l’insuffisance du balisage, du vieillissement des embarcations et de l’irrégularité des dessertes. Environ 605 kilomètres ont déjà été sécurisés sur la rivière Kasaï en 2024 et 1 734 kilomètres sur le fleuve Congo entre Kinshasa et Kisangani en 2025.

Pour le Grand Kasaï, la sécurisation de l’axe Kinshasa–Kwamouth–Ilebo constitue une ouverture économique majeure. Dans le Nord-Ouest, l’amélioration des voies navigables doit également renforcer les liaisons avec le Sud-Ubangi et faciliter la desserte des zones de production agricole éloignées des principaux centres de consommation.

Une navigation plus sûre et régulière réduit  les ruptures d’approvisionnement

L’enjeu est aussi celui de la lutte contre la vie chère. Dans plusieurs territoires enclavés, le prix final des biens dépend davantage du coût du transport que de celui de la production. Grâce à sa capacité de massification, un convoi fluvial peut déplacer plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de tonnes. Une navigation plus sûre et régulière devrait réduire les ruptures d’approvisionnement et faciliter l’acheminement du carburant, des médicaments, des matériaux de construction et des produits manufacturés.

Dans l’autre sens, ces corridors permettront d’évacuer plus facilement le maïs, le manioc, le riz, l’huile de palme, le poisson et d’autres productions locales. Le FOREC inscrit ainsi la navigabilité dans sa mission de stabilisation des marchés, tandis que la RVF apporte son expertise technique en matière de balisage et de sécurité fluviale.

Le succès dépendra toutefois du financement, de l’entretien régulier des balises, du dragage des chenaux, de la modernisation des quais et de la publication d’indicateurs précis. Kilomètres sécurisés, volumes transportés, accidents évités et évolution des prix devront permettre de mesurer les résultats.

S’il est exécuté dans la durée, l’accord FOREC–RVF transformera les voies navigables en véritables corridors économiques. Pour le Grand Kasaï et le Sud-Ubangi, il ne s’agit pas seulement de mieux naviguer, mais de rompre un enclavement qui renchérit les produits, isole les producteurs et freine l’intégration du marché national.

 

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