Il m’arrive de recevoir des propositions de distinctions émanant d’associations ou d’organisations privées. Je les décline généralement. Non par mépris pour ceux qui les initient, mais parce qu’à mes yeux, une distinction honorifique doit procéder d’une démarche indépendante et d’une autorité ayant qualité pour la décerner.
C’est pourquoi j’ai accueilli avec plaisir, et accepté spontanément, la médaille d’or et le diplôme de mérite civique que vient de me décerner la Chancellerie des ordres nationaux.
Cette distinction revêt pour moi une signification particulière : elle reconnaît un parcours commencé dans le monde du travail et marqué, pendant de nombreuses années, par l’engagement syndical.
Dans les années 1990, à l’ONATRA, j’ai créé et dirigé le Syndicat national des agents du groupe ONATRA, « SYNAGON », devenu par la suite « Solidarité des travailleurs et cadres du Congo ». Je me suis alors consacré à la défense des intérêts des travailleurs congolais.
L’un des épisodes les plus marquants fut mon opposition au projet de privatisation de l’ONATRA, engagé par le Gouvernement Kengo sur proposition du ministre des Transports, Thambwe Mwamba.
La grève que j’avais organisée paralysa les principales activités de l’ONATRA, avec des répercussions importantes sur l’économie du pays : le port de Matadi, le chemin de fer Kinshasa-Matadi et le transport fluvial.
Dans ses mémoires, Du village à la République, Alexis Thambwe-Mwamba évoque lui-même cet épisode. Il écrit qu’« une grève particulièrement dure fut aussitôt organisée par le syndicat de l’ONATRA, comptant à sa tête Steve Mbikayi ».
Son propre récit constitue ainsi un témoignage intéressant sur cette confrontation sociale, même si les protagonistes peuvent naturellement avoir des lectures différentes des événements.
Le projet fut finalement retiré, et près de 9 000 travailleurs qui étaient menacés par cette restructuration furent préservés. Cette issue contrastait avec la privatisation de la SNCC, que le même Gouvernement avait auparavant menée à Lubumbashi.
À la suite de cette action, le président Mobutu m’avait invité à Bagdolite, où je suis resté pendant une semaine. Nos échanges avaient davantage porté sur un projet politique à venir que sur mon action syndicale. La photographie de cette audience, jointe à cette Carte blanche, témoigne de cette période de mon parcours.
J’ai ensuite quitté le banc syndical pour celui de la gestion : directeur à l’ONATRA, puis administrateur directeur technique. Dans le cadre de la tripartite réunissant le Gouvernement, les travailleurs et les employeurs, j’ai ensuite rejoint le banc gouvernemental en devenant ministre.
Après avoir quitté le Gouvernement, j’avais déjà créé mes propres petites et moyennes entreprises et je me suis retrouvé, à mon tour, sur le banc des employeurs face aux organisations syndicales.
Cette expérience a complété ma compréhension du monde du travail. Je suis particulièrement satisfait qu’au cours de ces trente dernières années, dans le privé, mes travailleurs n’aient connu ni arriérés de salaires ni retards de paiement.
Du syndicalisme à la gestion, de la gestion au Gouvernement, puis de l’action publique à l’entrepreneuriat, j’ai ainsi connu plusieurs positions autour de la même table : celle du monde du travail.
C’est pourquoi je considère cette médaille d’or et ce diplôme de mérite civique non comme un trophée personnel, mais comme la reconnaissance, par la République, d’un parcours consacré, à différentes étapes, au travail et aux travailleurs.
Je ne les ai ni sollicités ni organisés. Je les ai reçus.
Et je les reçois avec gratitude.
Je remercie la République de m’avoir honoré et la Chancellerie des ordres nationaux pour cette reconnaissance.
