L’an 4 et Journée de réflexion ‘’Marathon de la rumba’’ au Musée national: Pépé-Felly Manuaku préconise la fondation de l’industrie culturelle congolaise
Au cours d’une récente sortie médiatique, l’artiste-formateur Pépé-Felly Manuaku a rejoint la feuille de route élaborée après l’inscription de la rumba congolaise sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. ‘’…Nous nous retrouvons avec quatre piliers. C’est-à-dire il est impératif de construire une +
industrie musicale. Il faut construire l’industrie culturelle congolaise’’, a-t-il préconisé. C’était samedi 13 courant au Musée national de la RDC, sis Place ex Tembe na Tembe, à un jet de pierre du Palais du peuple.

Autour de la Directrice générale Marie-Laure, trois orateurs ont alterné devant un public–sélect, décortiquant le thème : ‘’Marathon de la rumba’’. Le premier intervenant, Prof Yoka Lye, président du Bureau national en charge de la rumba, a épilogué sur les origines proches de ce patrimoine. Il a focalisé sur les péripéties ayant abouti à la proclamation de la rumba au patrimoine culturel immatériel. Dans un récit séquentiel, l’orateur a atterri sur ‘’la feuille de route après l’acquisition du label : inscription, patrimoine mondial…’’.
‘’Je ne parle pas de ce qu’il y a eu avant, des origines lointaines, je parle des origines proches. Parce que la rumba congolaise est la fille de la ville de Kinshasa. C’est en 1908 qu’elle a eu le statut de ville mais c’est en 1923 qu’elle est devenue la capitale. C’est donc en ces années-là que la rumba a trouvé ses fondements et ses origines. Et donc à partir de ces moments-là, il y a eu une sorte de responsabilité renouvelée. Non seulement à ceux qui pratiquaient, à qui nous rendons hommage, mais à ceux qui ont réfléchi’’.
.L’intervenant suivant, M. Herman Bangi est le Vice-président dudit Bureau. Il a lié le parcours de la rumba aux grandes figures de l’histoire de la musique des deux rives du fleuve Congo. ‘’D’Adou Elenga à Jeannot Bombenga, beaucoup d’eau a coulé sous le pont ‘’, a-t-il démontré dans un récit accrochant. Avec ses quatre-vingt-dix ans d’âge, l’ancien colistier de Joseph Kabasele ‘’Grand Kallé’’ et géniteur de l’orchestre Vox Africa, est plongé dans un état préoccupant. Aussi l’orateur suivant a-t-il lancé un S.O.S en faveur de l’actuel doyen des musiciens des deux rives du fleuve Congo.
Prof Yoka Lye : L’inscription de la rumba…, c’est un label. Mais qu’en faisons-nous ?
Les deux rives, nous nous sommes mis ensemble et le dossier a été corsé, finalement nous avons pu avoir gain de cause : l’acquisition d’un label… Mais qu’en faisons-nous ? Nous nous sommes réunis avec le Congo-Brazza pour élaborer une feuille de route. C’était au mois d’août 2021, quelques mois avant l’inscription, dans l’optique de répondre à la question suivante : ‘’Dès que nous avons l’inscription, qu’est-ce que nous en faisons ?’’ Alors, nous avons tracé quelques axes, par exemple la professionnalisation des métiers impliqués ; par exemple l’économie de la culture, s’agissant de la rumba ; par exemple les circuits pédagogiques et de promotion comme l’Ecole de la rumba ; par exemple l’Observatoire international de la rumba. On s’est rendu compte que dès que la rumba a été proclamée, il y a eu une effervescence à travers le monde, en commençant par notre pays, Goma, Pointe-Noire, Belgique… Et on a fait des tas de choses, le Centre international de civilisation bantoue (CICIBA) n’a pas été en reste. Rappelez-vous que cette plateforme avait élaboré, à la suite de cette inscription, un dossier précieux sur Papa Wemba d’une part, sur Joseph Kabasele d’autre part. Sur l’œuvre mais aussi sur la personnalité du personnage. Il y a eu des tas d’initiatives à travers le monde, dont quelques-unes isolées. Et d’ailleurs, le but de la création de l’Observatoire international était de fédérer toutes ces réalisations. En fait, c’est à partir du moment où l’on a eu le label que le combat a commencé. Puisque ce sont des intellectuels, à titre presqu’autonome qui se sont lancés dans ‘’la bagarre’’, sans appui de l’Etat…
‘’…Nous nous retrouvons avec quatre piliers : formation, production, création, diffusion’’, dixit Pépé-Felly
Depuis plus d’une décennie, il chevauche entre la création (il n’existe pas d’ancien artiste, dit un adage) et la formation. Quatre ans en arrière, il était l’invité de marque d’une journée de solidarité aux enfants démunis de N’Djili. C’était à l’initiative de l’Association l’œil de l’Enfant (AOE). Manuaku avait, dans son mot, invité la jeunesse à prendre à bras-le-corps la formation, en vue d’une relève responsable.
A l’occasion de la dernière journée ‘’Marathon de la rumba, la formation revient dès l’abord de sa communication.
On ne peut parler d’une chose sans commencer par la genèse. Dans le cas précis, la genèse, c’est la formation (qui représente le premier pilier). Mais quand on a acquis quelque chose par la formation, il faut produire. Apprendre, après quoi il faille créer. Créer c’est produire. Et après la production, il faut diffuser. Nous nous retrouvons avec quatre piliers, c’est-à-dire il est impératif de construire une industrie musicale. Il faut construire l’industrie culturelle. Et à travers cette industrie-là, on va dégager toutes les spécialités de diverses branches, lesquelles vont apporter la dynamique qui va mettre vraiment sur orbite la rumba congolaise. Le cas échéant, on va bien commercialiser et faire du business là où il faut le faire, parce qu’on va avoir des spécialistes dans la diffusion, médias y compris. Les médias et le marketing étant le même pilier. Je pense que c’est par-là qu’on devra davantage orienter notre attention, notre énergie et développer cette industrie-là. Autrement, l’on va continuer de faire du sur place. Le thème de la journée est fort expressif : ‘’Marathon de la rumba ‘’, c’est-à-dire qu’on doit prendre un autre élan, lequel va également nous propulser sur l’orbite qui nous est destinée. Alors, quand j’observe cette rumba, j’ai l’impression que nous nous limitons. Il est sans conteste que la rumba a plusieurs facettes, mais apparemment, nous exploitons un seul maillon. C’est triste au regard du nombre d’ethnies qu’on a ici au Congo, environ quatre-cent-cinquante ! Prenons, de ce fait, les 450 musiques traditionnelles tout autour, cela veut dire que la rumba est le socle. C’est le socle, qu’on appelle la rumba, c’est notre socle de toutes ces musiques.

Donc, nous avons une grande palette à pouvoir exploiter, mais nous sommes limités peut-être à la cadence, actuellement, de l’Equateur. Et l’on est cantonné-là, alors qu’on pourrait en exploiter d’autres, à l’instar de la cadence du Katanga, celle du Kongo Central, ainsi de suite.
Quand on fait un album, il convient de diversifier tous ces genres-là. J’aime beaucoup la direction de mon frère Gabriel, parce que le jazz est la seule musique qui met tout le monde en accord. En effet, les fragments du jazz, on peut les retrouver dans n’importe quel genre de musique. Alors là, j’interpelle les jeunes qui viennent d’arriver dans le métier, de cerner, de comprendre qu’avec nos musiques traditionnelles, nous avons une grande richesse à pouvoir revisiter….
Face à l’attrait du sujet, l’assistance a manifesté u, vif intérêt par des questions et des contributions.
Payne


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