RDC: euro-bons, finance institutionnelle ou Mabonza. Quelle voie pour financer l’économie ?  ( Par Sigis Aberi lumbule, Economiste. Analyste et Chercheur indépendant)

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La nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), du groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD), estime à 400 milliards de dollars le déficit annuel du financement du développement du continent.

À cet égard, ce montant, bien qu’approximatif, illustre le véritable défi de financement de l’économie africaine, dont la croissance de 4,2% en 2025 était le plus élevée parmi les autres régions du monde, contre de projections initiales de 3,9% confirmant ainsi le potentiel de croissance du continent.

‎Par ailleurs, à l’instar des autres pays, en RDC, le besoin de financement de l’économie et des infrastructures demeure énorme, justifiant ainsi la quête, par le gouvernement, des financements aux horizons divers, dans un contexte interne marqué par des crises persistantes des finances publiques, accentuées notamment par la restriction des dépenses publiques à caractère social et la chute des recettes publiques. A ces conditions, le postulat d’impasse budgétaire pourrait s’appliquer à la situation actuelle des finances publiques.

‎En effet, la véritable problématique de financement des économies africaines et congolaise en particulier, ne relève pas forcément de la rareté des ressources; elle tient plutôt à leur mobilisation.  Ainsi, de tout temps, et de manière classique, le financement de l’économie congolaise répond au schéma traditionnel suivant : Pays-Bailleur des fonds.

A cet effet, la nouvelle orientation d’emprunt par la souscription des euro-obligation, redéfinit le schéma, mais modifie également la perception du risque. Sous l’effet de cette nouvelle configuration, induite par l’entrée des nouveaux acteurs, c’est-à-dire les investisseurs privés, la République n’est pas seulement débitrice des Bailleurs traditionnels, mais l’est également avec les investisseurs privés.

Contrairement aux bailleurs de fonds, qui peuvent consentir de rééchelonnement; de restructuration; ou d’annulation complète de la dette, du fait qu’ils sont engagés dans une logique de soutien au développement des pays membres, les investisseurs privés sont rigides, se montrant de moins en moins enclins à ces pratiques.

En effet, il est vrai que la RDC « eza eloko ya makasi » d’après les déclarations de SEM Doudou FWAMBA, mais est-ce que le Ministre peut expliquer aussi clairement au public en cas de difficulté de paiement, comment la République se comportera en face des investisseurs privés ? Cette partie de l’Iceberg mérite d’être expliquée.

‎Toutefois, le financement traditionnel de l’économie congolaise par les bailleurs de fonds, aux taux concessionnels, a démontré des limites, dans la mesure où  il n’as pas été orienté véritablement vers des secteurs productifs à grande échelle capables de provoquer une transformation structurelle.

‎Or, l’Afrique dispose en elle-même d’environ 800 milliards des dollars de ressources dormantes, notamment dans de fonds de pension.

Dans la même logique, le Dr Ould Tah, Président de la BAD, confirme cette tendance en évaluant ces ressources, à 4 000 milliards de dollars d’épargne a moyen et à long terme.

‎De même, la RDC,  au même titre que les autres pays du continent, dispose des ressources dormantes d’une part, et des ressources non mobilisées d’autres part, sans compter les ressources très mal affectées au profit de structures  budgétivores. Ainsi , la somme de ces  ressources constitue une véritable  aubaine financière capable de financer de grands travaux.

‎Les finances institutionnelles ou le Mabonza: Nécessité d’une réforme systémique

‎Par ailleurs, comprenons par la finance institutionnelle, comme l’ensemble des activités financières opérées par des institutions spécialisées qui collectent et gèrent l’épargne de nature et fonctions diverses.

À ce titre, elles se  définissent en opposition aux banques classiques. Les acteurs de la finance institutionnelle sont notamment : les fonds de pension ( cotisations des travailleurs. En RDC les fonds de pension n’existent pas-CNSS, CNSSAP), les compagnies d’assurances ( collecte des primes-SONAS), ainsi que les fonds de l’État ou fonds souverains ( pétrole, mine, prélèvement au profit des fonds spécialisés pour l’industrialisation, l’investissement: ANAPI, FPI, FONER et plusieurs autres fonds rattachés aux institutions).

‎A ce jour, les ressources existantes seraient sous utilisées, sans véritable logique de capitalisation. Dès lors, Il apparaît nécessaire de réformer au moins en  partie les fonctions des diverses épargnes collectées.

‎Dans cette perspective, conduisant à la recherche de nouvelles sources de financement, il est admis que, dans le champ du possible, plusieurs variantes s’offrent au gouvernement de la République, entre autres : le business angel, crowdfunding… sans oublier la finance institutionnelle. Cependant, l’idée d’un prélèvement sur le « MABONZA « et/ou le « SADAKA », telle que lancée par le gouverneur de la BCC, Monsieur André Wameso, comme l’une de source de financement de l’économie, demeure discutable tant sur le plan théorique ( Classiques, néo-classiques, keynésiens, néo keynésiens, monétaristes, structuralistes…)  que sur le plan doctrinal de l’Eglise.

A cet égard, certains acteurs religieux, à l’image du Pasteur Marcello TUNASI, apologète de son état, auraient soutenu ce postulat. Sans aucune prétention de faire l’exégèse des Evangiles, nous pensons à la manière du rabbi Jésus-Christ notre unique Maître qu’il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Il y a lieu donc, d’opérer une différence entre une imposition fiscale sur le fonctionnement des Églises si l’État le juge nécessaire, d’une imposition fiscale sur les « MABONZA », qui a notre avis serait antisocial.

‎En définitive, la finance institutionnelle constitue un pilier invisible du financement de grandes économies, la RDC a intérêt de s’en inspirer.

En effet , elle participe a l’émancipation financière et la réduction à la dépendance  aux dettes extérieures. Elle s’impose ainsi comme un pivot financier non négociable. En voici un exemple frappant en RDC : plus de 300 millions de dollars américains du fonds de promotion industriel seraient détenus par des débiteurs. Ce montant, équivaut au financement de 30 000 PME ou start-up, pour un montant égal à 10 000 dollars.

‎Récent succes story de finance institutionnelle: La Côté d’ivoire.  

‎De cette réflexion découle l’unique recommandation suivante, bien que délicate :  réformer les fonctions traditionnelles de diverses épargnes collectées et dormantes, afin de dégager une partie de fonds nécessaires au financement de grands travaux et soutien aux PME. Sur ce volet, la Côte d’Ivoire est un exemple patent a suivre.

 

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