L’élève et le Maître : Aimé Nkanu raconte « son » Debaba

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À l’occasion du triste anniversaire du 24 avril, date charnière où se rejoignent les destins de Debaba (2011) et de Papa Wemba (2016), notre rédaction a choisi de rendre un vibrant hommage au « Professeur » Debaba El Shabab. À travers une série de témoignages exclusifs que nous publierons dans les colonnes du Quotidien, nous redécouvrons l’homme derrière l’icône. Pour ouvrir ce bal des souvenirs, l’artiste Aimé Nkanu a accepté d’ouvrir son cœur à Félix Caleb Djamany. Entre rendez-vous manqués, complicité en studio et émotion brute, il nous livre un récit bouleversant sur celui qu’il considérait comme un Maître et comme un grand frère.

Félix Caleb Djamany: Aimé Nkanu, on connaît ton parcours dans la musique chrétienne qui n’est plus à démontrer, mais peu savent que votre histoire avec Debaba commence bien avant sa conversion, presque par un « kidnapping » musical…

Aimé Nkanu : (Sourire nostalgique) C’est vrai ! J’étais encore élève à l’Institut Salongo de Bandal. À l’époque, on me disait souvent que ma voix ressemblait à celle de Carlito. Un jour, l’école est entrée en ébullition : Debaba était là ! Il était venu voir la direction pour me recruter dans Choc Stars. Imaginez le choc ! Le directeur et mon père, diacre à l’église, étaient contre. Pour eux, ce monde était « occulte ». Mais Debaba ne lâchait pas. Il m’a même attendu à la sortie dans sa Peugeot 504 verte en me disant : « Petit, monte ! Tu vas remplacer Carlito, on va te donner une maison, une voiture, une femme… »

FCD : Et pourtant, tu n’avais jamais intégré Choc Stars. Pourquoi ?

Aimé Nkanu : C’est là que le destin intervient. Malgré les avertissements de mon père, j’avais décidé d’y aller un samedi. J’ai pris le bus pour Ngiri-Ngiri, et là, le bus tombe en panne. J’ai attendu des heures. Je me suis senti comme Jonas fuyant sa mission. Dieu a littéralement arrêté ce véhicule pour m’empêcher de prendre cette direction. J’ai raté le rendez-vous, et je suis resté dans mon couloir.

🧭 Le Focus : L’épisode « Jonas » à Ngiri-Ngiri

Pour Aimé Nkanu, la panne de ce bus de 13h n’était pas un hasard mécanique, mais un arrêt divin. « J’étais dans un véhicule qui n’était pas ma destination », confie-t-il. Alors qu’il s’apprêtait à céder aux sirènes de la gloire mondaine, ce contretemps forcé l’a poussé à se réfugier chez son oncle, laissant le bus repartir sans lui une fois le danger de la tentation écarté. Un « signe » qui a scellé sa fidélité à la musique chrétienne.

FCD : Les années passent et vos chemins se croisent à nouveau, cette fois-ci dans la foi. Comment se sont passées vos retrouvailles ?

Aimé Nkanu : C’est Charles Mombaya qui m’a appris sa conversion. Je suis allé le voir à Bandal. Il m’a dit : « Le cadet, je te cherchais depuis longtemps ! Dieu a son temps pour tout. » Il avait déjà les fonds pour son premier album chrétien mais il me disait : « Moi je ne maîtrise pas encore bien les codes ici, toi tu connais, aide-moi. » C’est comme ça qu’on a bossé sur Nzambe Ngai Naye. Avec lui et Marie Misamu C’était le début d’une amitié profonde. Je suis devenu un proche de sa femme, maman Toutou, et de ses enfants.Son fils Detou qui vit en France contribue beaucoup aux arrangements de mes albums

FCD : On l’appelait le « Professeur ». Qu’est-ce qui justifiait ce titre selon toi ?

Aimé Nkanu : Sa rigueur ! Dans la musique chrétienne, on répétait deux fois par semaine. Avec Debaba, c’était tous les jours. C’était sa vie. Il était d’une générosité rare, pas du tout jaloux de son talent. En studio, il faisait sortir tout le monde sauf moi. Il me demandait : « Le cadet, tu en penses quoi ? ». Il avait une technicité vocale hors norme, capable de structurer des duos et des unissons d’une complexité incroyable. C’était une véritable école.

🎭 L’Anecdote: Les « Portes de Kinshasa »

Derrière la stature imposante du « Professeur » se cachait un pince-sans-rire redoutable. Aimé se souvient d’une tournée à Boma où Debaba, avec un sérieux imperturbable, avait convaincu tout le groupe — pasteur inclus — qu’un projet colossal baptisé « Guguni-Ouedeye » allait doter Kinshasa de périphériques et de portes monumentales comme à Paris. « On y a tous cru ! », s’amuse Aimé. Une preuve de son charisme : même quand il blaguait, Debaba restait captivant.

FCD : Debaba nous a quittés un 24 avril, tout comme Papa Wemba cinq ans plus tard. Que t’inspire cette coïncidence ?

Aimé Nkanu : C’est troublant.Je l’apprends par toi ! Tous deux étaient passés par la conversion, même si leurs trajectoires ont différé par la suite. Debaba est resté ferme, il est même devenu Pasteur. Mais j’ai un regret, une douleur même : la musique chrétienne ne l’a pas accueilli comme il se devait. Il a été trop critiqué, pas assez encouragé. Le voir finir sa vie dans des conditions difficiles à Yolo, malade, alors qu’il était un monument… ça me fait mal. Il méritait beaucoup plus d’amour.

Actualité Aimé N’Kanu pour 2026 ;

*La création de sa maison de production aux Pays Bas (où il vit) 

*Préparatif d’un concert à Paris dans la mythique salle de spectacle ; La cigale

Propos recueillis par Félix Caleb pour Le Quotidien.

Prochain episode; Jules Mansua « Nzete ya Sequoia”

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