EXCLUSIF — Jules Masua : « Papa Wemba m’a dédié “Nzete ya Sequoia”… c’est là que j’ai compris que j’étais son frère »
Kinshasa – Paris.
Dans la mosaïque d’hommages rendus à Papa Wemba, certaines paroles touchent plus profondément que d’autres. Parce qu’elles ne racontent pas la star… mais l’homme. Ami de longue date, confident discret et témoin de l’ombre, Jules Masua livre pour le Quotidien à Félix Caleb Djamany un récit bouleversant. Une traversée intime entre Kinshasa et Paris, entre discipline, rires, silence… et une chanson devenue éternelle : Nzete ya Sequoia.
« Il était plus qu’un ami… c’était mon grand frère »
Félix Caleb Djamany : Jules Masua, comment définiriez-vous votre relation avec Papa Wemba ?
Jules Masua :
C’est le plus grand cadeau que la vie m’ait fait. Dans ce monde, rester lié à quelqu’un aussi longtemps, c’est rare. Il était bien plus qu’un ami… c’était mon grand frère. On s’est connus depuis les études secondaires à Kinshasa. Très tôt, il m’a pris sous son aile.
« Il voulait que je réussisse là où lui n’avait pas pu aller »
FCD : Quel rôle a-t-il joué dans votre parcours personnel ?
Jules Masua :
Un rôle déterminant. Il me poussait à étudier. Lui-même aurait voulu faire de longues études, mais la vie en a décidé autrement. Alors il mettait toute son énergie pour que moi, j’y arrive. C’était sa manière de transmettre.
Des “matinées” du Zaïre à la rigueur d’un grand frère
FCD : Que retenez-vous de vos années à Kinshasa, à l’époque du Zaïre ?
Jules Masua :
C’est là que tout s’est construit. Les concerts, les “matinées”… j’étais toujours dans son environnement. Mais ce qui m’a marqué, c’est sa rigueur. Il pouvait arrêter de chanter juste pour me dire : “Demain il y a école, tu dois rentrer.” Il me donnait même l’argent du taxi. Ça, c’était lui.

« Au Parc des Princes, il redevenait simplement Wemba »
FCD : Et plus tard, à Paris, comment évolue votre relation ?
Jules Masua :
Elle reste intacte. On se retrouvait souvent, notamment pour aller voir les matchs au Parc des Princes. Il aimait le PSG… et comme moi, le Real Madrid. Dans ces moments-là, il n’y avait plus de star. Juste Wemba. Mon frère.
« Il était réservé… mais avec nous, il explosait de rire »
FCD : On dit qu’il était très discret dans la vie privée. Est-ce exact ?
Jules Masua :
Oui, totalement. Il était très réservé, presque pudique. Mais avec ses proches, c’était l’inverse. On rigolait énormément. Il avait un humour incroyable. Ce contraste, peu de gens le connaissent vraiment.
“Nzete ya Sequoia” : la preuve ultime d’une fraternité
FCD : Nous connaissons le « tube » qu’il vous a dédié. Pouvez-vous nous raconter ?
Jules Masua :
(Il marque une pause) Il ne m’avait rien dit. Rien du tout. J’allais souvent au studio pendant ses enregistrements. Un soir où j’avais préféré ne pas y aller , il m’appelle sur mon smartphone : “Tu es où ? Viens, j’ai une surprise.”

J’arrive. Il demande à l’ingénieur de son du jour « Mr « Maîka Munan de lancer une chanson… et là, j’écoute.
C’était Nzete ya Sequoia.
FCD : Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ?
Jules Masua :
La chair de poule. Parce que j’ai compris. Ce n’était pas juste une chanson… c’était un message. Un séquoia, c’est un arbre fort, enraciné, éternel. C’était sa manière de me dire : “Toi et moi, c’est pour la vie.”
« Ses enfants me voyaient comme un pont vers lui »
FCD : Vous aviez aussi une relation particulière avec ses enfants…
Jules Masua :
Oui. Ils voyaient bien le lien qu’on avait. Un jour, sa fille Jo m’a dit : “Tonton, je ne l’ai jamais vu rire comme ça avec quelqu’un.” Ça m’a marqué.
« Je leur disais : c’est votre père, vous n’en avez qu’un »
FCD : Vous êtes même devenu un confident pour eux ?
Jules Masua :
Ça arrivait. Une de ses filles est venue me voir à Paris parce qu’elle n’osait pas lui parler directement. Il imposait le respect. Mais moi, je leur disais toujours : “C’est votre père. Vous n’en avez qu’un. Allez vers lui.”
« Une relation comme celle-là… ça ne s’explique pas »
FCD : Avec le recul, que représente Papa Wemba pour vous aujourd’hui ?
Jules Masua :
(Il sourit, puis baisse les yeux) Une relation comme celle-là… ça ne s’explique pas. Ça se vit. Et moi, j’ai eu cette chance.
Au-delà de la légende, il y a des histoires que seule l’intimité peut raconter.
Et parfois, une chanson suffit à les rendre immortelles.

“Nzete ya Sequoia” n’est pas qu’un titre. C’est un serment. 🌿🔥
Et toi cite nous 2 chansons de Papa Wemba que tu écoutes en boucle ? Pourquoi ? envoies nous tes commentaires à ; soleil.levantasbl@gmail.com
Propos recueillis par ; Félix Caleb Djamany
#CalebAfroPulse
