Gabrielle Aboudi Onguéné : L’éternelle Lionne vise le sommet africain

Seize ans après ses premiers pas sous le maillot national, l’histoire d’amour entre Gabrielle Aboudi Onguéné et les Lionnes Indomptables s’apprête à s’enrichir d’un nouveau chapitre magistral. À l’aube de disputer la 8e TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Féminine au Maroc (du 26 juillet au 16 août) de sa carrière, la légendaire attaquante camerounaise incarne plus que jamais la résilience et la passion du football continental.

Surnommée affectueusement « OG7 », un clin d’œil à ses initiales et à son numéro fétiche qui a fait trembler tant de défenses, la Lionne Indomptable aborde ce rendez-vous avec la ferveur d’une débutante et la sagesse d’une grande sœur. Après la douloureuse absence du Cameroun lors de la dernière édition, l’attaquante revient avec un sentiment d’inachevé et une ambition intacte : guider la nouvelle génération vers les sommets et décrocher enfin ce titre majeur qui manque à son immense palmarès.

Dans cet entretien exclusif accordé à Cafonline.com, la star camerounaise se confie sur sa longévité, son rôle de mentor au sein de la tanière et son regard sur l’évolution spectaculaire du football féminin africain. Entretien avec une compétitrice hors norme qui refuse de s’avouer vaincue.

Cafonline.com : Cela fait maintenant près de 16 ans que vous portez le maillot de la sélection nationale. Qu’est-ce qui nourrit encore votre motivation au quotidien ?

Gabrielle Aboudi Onguéné : Je me dis que j’ai le sentiment de ne pas avoir encore accompli quelque chose de grand. Je ne peux pas quitter cette sélection sans réaliser quelque chose de grandiose dans ce football qui m’a tant donné.

J’ai toujours ce sentiment qu’il me manque quelque chose. J’ai disputé beaucoup de Coupes d’Afrique, mais il y a toujours un goût amer qui reste. Alors je me dis : pourquoi ne pas essayer encore une fois ? C’est vraiment ce sentiment d’inachevé qui m’anime encore aujourd’hui.

Si vous pouviez croiser la jeune Gabrielle qui faisait ses premiers pas avec les Lionnes Indomptables, quel conseil lui donneriez-vous ?

Je lui dirais de croire en ses rêves et de ne jamais baisser les bras. Never give up.

À l’époque, j’étais toute maigre et beaucoup de personnes disaient que je ne pourrais jamais faire carrière dans le football. Elles me répétaient que j’étais trop petite, trop frêle pour réussir.

Mais j’ai toujours cru en moi. J’ai travaillé sur mes qualités et je n’ai jamais abandonné. Rien n’a changé dans ma façon de penser. Aujourd’hui, je suis fière du parcours de Gabrielle.

Au fil des années, vous êtes devenue une figure importante de cette équipe. Des jeunes joueuses, comme Naomi Eto vous citent aujourd’hui comme leur idole. Comment percevez-vous ce rôle de grande sœur et de guide au sein de la tanière ?

Je le vis avec beaucoup de fierté, parce que c’est ce dont rêve tout sportif de haut niveau : transmettre son expérience après avoir disputé de grandes compétitions.

Dieu merci, j’ai beaucoup de jeunes sœurs dans cette équipe. Il n’y a pas que Naomi qui me considère comme son idole, elles sont nombreuses. Cela me touche énormément.

Ce n’est pas seulement parce que je joue bien, mais parce qu’elles partagent le même rêve que j’avais à leur âge.

Je peux vous donner un exemple : la joueuse avec qui je partage ma chambre actuellement est encore surprise d’être avec moi. Elle me voyait uniquement à la télévision et rêvait un jour de jouer à mes côtés. Aujourd’hui, nous partageons la même chambre et je ne cesse de lui donner des conseils.

Je lui dis de ne jamais abandonner son rêve de devenir une grande professionnelle. Si elle y croit et qu’elle travaille, ce rêve peut devenir réalité.

Pour moi, c’est une immense fierté de partager mon expérience avec elles. Et même lorsque je ne serai plus en sélection, je resterai toujours disponible pour les accompagner.

Le football féminin camerounais et africain a énormément évolué depuis vos débuts en 2008. Quel regard portez-vous sur cette progression ?

À l’échelle africaine, je porte un regard très positif. Aujourd’hui, nous avons une Coupe d’Afrique à 16 équipes et nous découvrons de nouvelles sélections qui, il y a quelques années, n’auraient jamais été présentes à ce niveau.

Concernant le Cameroun, je suis également très satisfaite. Voir sept joueuses issues du championnat local intégrer la sélection nationale est une excellente nouvelle. Cela prouve que le travail effectué au niveau local porte ses fruits.

Le championnat camerounais progresse énormément et il y a un véritable potentiel. Je pense que, dans deux ou trois ans, plusieurs de ces joueuses évolueront au plus haut niveau professionnel.

Chaque année, nous découvrons de nouveaux talents partout en Afrique. Cela montre que le football féminin continue de grandir et de prendre une nouvelle dimension. Bientôt, il occupera pleinement la place qu’il mérite.

Lors de la dernière édition, le Cameroun n’était pas présent à la CAN Féminine. Comment avez-vous vécu cette absence ?

Gabrielle Aboudi Onguéné : Je l’ai très mal vécue, comme tous les Camerounais.

C’était la deuxième fois que nous manquions une Coupe d’Afrique. Le jour de notre élimination, la douleur était immense. Et lorsque la compétition a commencé, cette douleur est devenue encore plus forte.

Nous avions toujours l’habitude d’être sur le terrain, mais cette fois, nous étions devant notre télévision à regarder les autres jouer. C’était vraiment très difficile à accepter.

Pour son retour à la CAN Féminine, le Cameroun évoluera dans le Groupe D aux côtés du Ghana, du Mali et du Cap-Vert. Quelles sont vos impressions ?

Nos trois adversaires sont de très bonnes équipes et nous les respectons énormément.

Une Coupe d’Afrique est une compétition où tout peut arriver. Nous savons aussi le parcours difficile que nous avons dû accomplir pour nous qualifier.

Nous abordons cette compétition avec beaucoup d’humilité. Nous allons défendre fièrement les couleurs du Cameroun et donner le meilleur de nous-mêmes.

Si vous dit « Born Winners » (« Nées gagnantes »). Que signifie ce message pour vous ?

Pour moi, toutes les femmes qui participeront à cette Coupe d’Afrique sont déjà des gagnantes.

Certaines vont réaliser le rêve de disputer leur première CAN. Rien que cela représente déjà une victoire.

Participer à cette grande compétition continentale est une réussite en soi. Ensuite, tout peut arriver pendant le tournoi.

À mes yeux, toutes les joueuses présentes à cette Coupe d’Afrique sont des gagnantes.

Le peuple camerounais entretient une relation particulière avec les Lionnes Indomptables. Quel message souhaitez-vous adresser aux supporters qui croient en votre potentiel avant cette CAN Féminine ?

Nous savons que nos supporters ont toujours été présents à nos côtés, quelles que soient les circonstances, y compris après notre non-qualification.

Ils ont toujours cru en nous et nous savons qu’ils continueront à nous soutenir.

Nous voulons leur dire que nous donnerons tout pour représenter dignement le Cameroun. Peu importe les difficultés, nous aurons notre mot à dire dans cette compétition.

Parce que c’est l’esprit camerounais : nous ne nous avouons jamais vaincus. Nous respectons toujours nos adversaires, mais cela ne signifie pas que nous renonçons à nos ambitions.

Please follow and like us:
Pin Share

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *