Grenier, Rat et Serpent : la RDC interdite de se tromper d’adversaire, ni de partenaire… 

N.B. Cette chronique, initialement publiée dans LPDA, magazine de la Présidence de la République, est du 22 août 2022. Nous la reproduisons intégralement. Figurons-nous qu’assis calmement dans un coin de votre parcelle, le regard fixé sur votre « grenier», vous voyez arriver le « rat » qui grignote vos provisions s’y approcher, et qu’aussitôt, vous apercevez un « serpent » rampant après lui. Lequel des deux animaux aurez-vous envie de neutraliser le premier ? D’instinct, le « serpent », évidemment, à cause de sa réputation. Venimeux ou pas, il présente un danger plus important que celui du rat…

Si nous pouvons alors comparer le Grenier à la RDC , le Rat au M23 et le Serpent au Rwanda, on peut comprendre le danger que représente ce dernier tant que ses dirigeants vont se réjouir de le brandir comme une menace pour ses voisins et, on s’en doute, pour sa propre population consciente.

Même si elle ne s’exprime pas, la population n’aime pas vivre dans la solitude, l’isolement.

En d’autres termes, en tant que rat et pour autant qu’il se revendique un groupe armé congolais, le M23 est gérable.

Par contre, s’il préfère se comporter en groupe armé pro-Rwanda, il devient une menace même pour ses propres membres. Surtout ceux qui se croient investis de la double mission de gendarme et d’avocat.

En d’autres mots, la protection de la population nécessite la «neutralisation» des dirigeants qui pratiquent la discrimination raciale et ethnotribale. Pas une neutralisation impliquant la chasse à l’homme mais plutôt la diplomatie et l’économie « .

Anthony Blinken a effectué sa visite-éclair à Kinshasa le 9 août 2022. Le jour de son arrivée, le Département d’Etat a clarifié la position de l’administration américaine par rapport aux problèmes sécuritaires, politiques, diplomatiques et économiques qui se posent en RDC en particulier, dans les Grands Lacs en général.

Pendant que les Congolais (comme d’habitude) couraient après Blinken pour connaître sa position sur le rapport des Nations Unies, le Département d’Etat s’est prononcé dans le document intitulé « Les relations entre les États-Unis et la République démocratique du Congo». Sur le maintien de la mission onusienne, voici ce qu’il en dit : « Les États-Unis soutiennent la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), qui joue un rôle essentiel dans la protection des civils, l’acheminement de l’aide humanitaire et le soutien au gouvernement de la RDC dans ses efforts de stabilisation et de consolidation de la paix », a déclaré Washington.

A analyser bien ce document, on ne peut s’empêcher de déduire, comme relevé dans le flot d’articles parus avant, pendant et après son séjour kinois, que la visite-éclair a plus visé l’ économie (dont l’exploitation minière) que tout le reste.

Et comme le venin est dans queue, c’est à l’étape de Kigali qu’on a été fixé sur l’intime conviction de Washington sur le rapport des experts de l’Onu à propos du soutien du Rwanda au M23. Washington a, en effet, enjoint les gouvernements de la sous-région, indistinctement, à cesser toute assistance aux groupes armés.

A partir de cet instant, revenons sur l’allégorie « Grenier, Rat et Serpent» pour comprendre l’esprit de cette livraison.

Supposons que le Grenier reste la République Démocratique du Congo, mais que cette fois, le Rat soit le Rwanda, tandis que le Serpent les Etats-Unis !

Nous nous devons de réaliser d’emblée qu’en référence à l’Histoire, l’Etat Indépendant du Congo (EIC) deuxième dénomination de la RDC après l’Association Internationale Africaine (AIA), doit son existence plus aux Etats-Unis qu’au roi des Belges Léopold II.

Ainsi, sans la volonté de Washington, l’EIC n’aurait jamais vu le jour, encore moins le Congo-Belge, donc la République du Congo, la République Démocratique du Congo, la République du Zaïre et encore la République Démocratique du Congo.

Comme qui dirait : Washington qui a la prétention de nous avoir faits à son image pense détenir la puissance de nous défaire en tant qu’Etat.

Devant cette terrible évidence, que faire de raisonnable ?

Le M23 auto-exclu, le Rat étant le Rwanda, il faut se résoudre à «neutraliser» le serpent que sont les  » Etats-Unis « .

Comment cependant s’y prendre sans voir l’aventure tourner en suicide collectif ?

Il n’est autre alternative raisonnable qu’une diplomatie économique !

Voilà pourquoi la solution, autant pour le M23 que pour le Rwanda, est Washington.

Du reste, depuis la fondation de l’AIA en 1876 à ce jour – le dernier voyage d’Anthony Blinken en témoigne – Washington ne voit Kinshasa (autrefois Léopoldville) qu’au travers du potentiel économique.

Partant, la RDC est interdite de se tromper d’adversaire ou de partenaire.

Sa survie en tant qu’Etat ne dépend ni de Kinshasa, ni de Bruxelles ex-métropole ou siège de l’Union européenne, moins encore d’Addis-Abeba, siège de l’Union africaine.

C’est plus Washington qu’à Washington.

Pour être précis, la « Maison-Blanche ».

 

Omer Nsongo die Lema

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