Le dialogue, oui. L’impunité, non.

Le dialogue national annoncé par le Président Félix Tshisekedi intervient à un moment où la RDC ne peut plus se permettre le luxe de ses divisions.

Depuis plus de trente ans, chaque crise politique a coûté des milliards de dollars d’investissements perdus, détruit des infrastructures, déplacé des millions de citoyens et retardé le développement d’un pays qui devrait pourtant compter parmi les grandes puissances économiques du monde.

Le coût de nos crises n’est pas seulement politique. Il est avant tout économique. Chaque mois d’instabilité éloigne les investisseurs, renchérit le coût du crédit, ralentit les projets industriels et prive des millions de jeunes d’emplois. Pendant que nous débattons du partage du pouvoir, d’autres transforment les minerais congolais en batteries, en technologies et en croissance.

L’histoire congolaise est riche en dialogues, mais pauvre en résultats. De la Conférence nationale souveraine de 1991 aux processus de Nairobi, de Luanda et de Washington entre 2022 et 2026, en passant par Sun City et les accords de Goma, les compromis politiques se sont multipliés sans produire la prospérité attendue. Trop souvent, les dialogues ont distribué des fonctions plutôt que de créer des solutions durables.

Les faits sont têtus. La RDC compte aujourd’hui près de 8 millions de déplacés internes et plus de 25 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire. Aucun pays ne devient une puissance économique avec une telle hémorragie humaine. Aucun budget ne peut financer durablement le développement lorsque la guerre absorbe les ressources destinées aux écoles, aux routes, aux barrages, aux hôpitaux ou aux usines.

L’enjeu n’est donc pas de savoir qui gouvernera demain. Il est de déterminer si la RDC veut enfin gagner la bataille de son développement. Les grandes nations ont compris qu’en période de péril, l’unité nationale constitue un actif stratégique. Dans chacun de cas, l’intérêt national a fini par primer sur les divisions politiques.

La RDC est aujourd’hui confrontée au même choix. Continuer à transformer chaque crise en négociation de postes ou transformer enfin chaque crise en opportunité de réforme. Mais qu’il n’y ait aucune ambiguïté.

Le dialogue ne doit ni blanchir les criminels ni récompenser la violence. Un pays qui accorde plus de valeur aux armes qu’au mérite prépare déjà sa prochaine guerre. La réconciliation est indispensable, mais elle ne peut se construire sans justice. L’impunité n’est pas un investissement dans la stabilité ; c’est une dette que les générations futures paieront avec des intérêts.

Les Congolais n’attendent pas un nouveau partage du « gâteau ». Ils attendent une économie à reconstruire, une industrie à bâtir, une agriculture à moderniser, une jeunesse à employer et une souveraineté économique à conquérir.

Après des décennies de dialogues, de concertations et d’accords politiques, les Congolais n’attendent plus un compromis entre les ambitions. Ils attendent un pacte de sécurité, de production et de prospérité. La République a besoin d’une alliance entre les patriotes.

Nico Minga

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