L’histoire jugera, peut-être, sévèrement notre génération. Non pas parce que la RDC manquait de richesses, mais parce qu’elle n’a pas toujours su les transformer en puissance.
Avec près de 70 % des réserves mondiales connues de cobalt, ainsi que d’importants gisements de cuivre, de coltan, de lithium et d’or, la République démocratique du Congo est devenue un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale.
Pourtant, elle continue d’importer ce qu’elle pourrait produire et d’exporter ce qu’elle devrait transformer.
L’erreur la plus coûteuse n’est pas d’avoir signé des contrats miniers. Elle est d’avoir longtemps considéré les minerais comme une richesse en eux-mêmes. En réalité, un minerai n’a de valeur que lorsqu’il devient une route, une centrale électrique, une usine, une université ou un emploi.
Le contrat sino-congolais de 2008 illustre cette leçon. Selon l’Inspection générale des finances (IGF), 822,19 millions USD seulement d’infrastructures avaient été réalisés jusqu’en 2022 sur les 3 milliards USD initialement prévus.
Un contrat ne vaut que par son exécution et par la capacité de l’État à en assurer le suivi.
Le bilan est sans appel. Un seul hôpital construit sur les 31 annoncés, 380 km de routes réalisés sur 7 088 km programmés et aucun kilomètre de chemin de fer sur les 380 km prévus.
La renégociation de 2024, qui porte les engagements en infrastructures à 7 milliards USD, constitue une correction bienvenue. Mais elle rappelle surtout une évidence : un contrat ne vaut que par son exécution et par la capacité de l’État à en assurer le suivi.
Pendant ce temps, le monde avance. La Chine sécurise ses approvisionnements, les États-Unis, l’Union européenne, le Japon et d’autres puissances cherchent à diversifier leurs sources de minerais critiques, tandis que les chaînes de valeur mondiales se recomposent.
Tous considèrent les minerais congolais comme un enjeu stratégique. La seule question est de savoir si la RDC les considérera enfin comme le fondement de sa propre puissance.
Le débat n’est donc plus de savoir qui exploitera nos minerais, mais comment ces minerais financeront notre industrialisation. Tant que nous exporterons des minerais bruts pour importer des produits finis, nous continuerons à financer la prospérité des autres avant la nôtre.
La RDC dispose aujourd’hui d’une occasion historique. Son adhésion au Groupe Egmont, la renégociation de Sicomines, les réformes de gouvernance économique, les évaluations positives des institutions financières internationales et l’intérêt croissant des grandes puissances pour ses ressources ouvrent une nouvelle séquence. Encore faut-il transformer cette conjoncture en véritable stratégie nationale.
La RDC possède les minerais du futur. Il est temps qu’elle bâtisse, enfin, son propre avenir grâce à eux. Ce siècle ne récompensera pas les pays les plus riches en ressources naturelles. Il consacrera ceux qui auront su convertir leurs ressources en souveraineté économique, en puissance industrielle et en influence géopolitique.
C’est à cette condition que les minerais cesseront d’être une promesse pour devenir le socle de la renaissance congolaise.
