Sanctions américaines contre Joseph Kabila : quand la « nostalgie » du pouvoir devient « funeste » et vire au « suicide politique » 

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■ Joseph Kabila, la mouche qui se fait enterrer avec le cercueil

Depuis son départ du pouvoir, le 24 janvier 2019, Joseph Kabila se laisse hanter par le pouvoir qu’il pensait être exclusivement sien. Son orgueil à se faire surnommer « PCA de la RDC » lui a fait pousser les ailes d’une mouche. Une mouche qui se pose sur un cercueil pourtant en route vers sa mise en terre.

Plusieurs personnes ont appelé l’ancien président à laisser son successeur, Félix Tshisekedi, gouverner librement, sans ingérence. Ces appels le mettaient également en garde contre les conséquences d’un corps à corps avec son successeur. Malheureusement, il s’est comporté comme cette mouche collée au cercueil qui pensait encore voler au moment de l’inhumation.

Au lieu de quitter les choses avant qu’elles ne le quittent, Joseph Kabila s’est pris pour un fin stratège en mettant sur pied les plans A, B et C pour asphyxier le pouvoir de Félix Tshisekedi. Ces trois plans formaient autant de tenailles pour faire tomber son successeur : la tenaille militaire via l’AFC/M23, la tenaille politique extérieure à travers « Sauvons la RDC », et la tenaille politique interne via le PPRD. Actuellement, les sanctions américaines ont entamé sa réputation.

■ La nostalgie du pouvoir devient « funeste »

Dans son discours en 12 points, avant d’annoncer son retour au pays par la partie orientale, Joseph Kabila exprimait en réalité son ambition personnelle de revenir au pouvoir. Ce discours a révélé au monde une hantise du fauteuil présidentiel, entretenue par un jeu de dupes.

Son calcul était d’accuser son successeur de dictature pour pousser les Congolais à légitimer l’arrivée de l’AFC/M23. Que nenni. Cette nostalgie du pouvoir s’est révélée funeste. Au lieu de se lancer dans d’autres voies de rayonnement international, à l’instar de l’ancien président sénégalais Macky Sall qui a brigué le secrétariat général de l’ONU, l’homme a préféré entretenir sa nostalgie pour la présidence de la RDC. Cette nostalgie, on ne peut plus « diabolique », est devenue fatale pour lui.

Sanctionné par le Trésor américain, Joseph Kabila voit désormais sa marge de manœuvre réduite pour toute transaction en dollars, notamment en faveur du M23/AFC. C’est un suicide politique.

■ Effets dominos sur « Sauvons la RDC » et le PPRD

Les sanctions américaines contre Joseph Kabila brandissent également un carton rouge à l’encontre de « Sauvons la RDC » et de son parti, le PPRD. En créant « Sauvons la RDC », #Joseph #Kabila cherchait à se défaire du statut de chef rebelle et seigneur de guerre pour revêtir la robe de responsable politique non armé. Il pensait peut-être tromper les néophytes, alors que le pouvoir de Tshisekedi était catégorique : c’est bien lui le chef de l’AFC/M23.

Les sanctions américaines à son encontre confirment non seulement les dires du président #Félix Tshisekedi, mais aussi le jugement par défaut de la Haute Cour militaire le condamnant à mort pour haute trahison.

Les autres personnalités politiques congolaises, membres du PPRD et de « Sauvons la RDC », ont désormais deux choix :

◇ Relever le défi patriotique en dissolvant un mouvement dont le chef rebelle est l’initiateur ;

◇ Ou rester collés à lui, partageant ainsi sa réputation sulfureuse et subissant la vindicte populaire.

■ Socle du soutien de certains Congolais à Joseph Kabila

En tant qu’ancien président ayant dirigé pendant 18 ans, Joseph Kabila a consolidé des assises sociologiques dans certaines provinces. Ainsi, malgré les accusations portées contre lui, il bénéficie encore du soutien de Congolais qui choisissent de fermer les yeux sur les évidences de sa trahison.

Ce soutien est massif dans le Grand Katanga et dans l’espace swahiliphone. Même si son identité katangaise demeure controversée, l’appui que lui accordent certains Katangais repose sur des antagonismes et des rivalités tribales anciennes entre Balubas et Katangais. Naturellement, plusieurs Katangais – et certaines personnes de l’espace swahiliphone, réunies par un lien culturel et linguistique, n’apprécient pas de voir un « Muluba » au pouvoir. Cet antagonisme tribal est si puissant que certains seraient prêts à soutenir le Rwanda pour en finir avec le « Muluba » à la tête du pays.

La réconciliation katangaise initiée en 2022 par #Fulgence #Muteba visait précisément à permettre à #Kabila et à Moïse Katumbi de se serrer la main, afin de remettre l’ancien président dans les bonnes grâces des Katangais. Au Katanga, les communautés sont historiquement plus proches de Katumbi que de Kabila. Il fallait donc tout faire pour rapprocher les deux, afin que le bloc katangais puisse fonctionner efficacement contre le bloc luba au pouvoir. Sans cette réconciliation, Joseph Kabila n’aurait bénéficié d’aucun soutien dans ce qui le rapproche aujourd’hui du #Rwanda.

La « soudanisation » évoquée et le dévoilement cartographique avec l’annexion du Grand Katanga constituent un appel du pied aux Katangais pour qu’ils ne se sentent pas oubliés dans le projet de partition porté par l’ancien président. C’est là que l’orgueil katangais pourrait montrer son côté à la fois nocif et naïf : utiliser le Rwanda pour se séparer du pouvoir de Kinshasa, sans comprendre que ce même Rwanda détiendrait une mainmise sur les ressources minières sur lesquelles repose précisément cet orgueil.

Pour un pouvoir luba exercé dans la difficulté, entrecoupé de crises sécuritaires et politiques pendant sept ans, moins que les trente-deux ans de Mobutu et les vingt-et-un ans des Kabila, on devrait en toute sincérité s’interroger sur ce que l’on reproche réellement à Fatshi.

■ Conclusion

La situation est déjà presque compromise pour Joseph Kabila. Désormais, sa réputation est entamée. Il lui serait impératif soit de passer par le même Tshisekedi pour retrouver sa légitimité d’ancien président de la République et de sénateur à vie, soit de rester dans la peau de la mouche collée au cercueil pour se faire enterrer vivant.

Ambroise Mamba Ntambwe, Journaliste et chercheur en sciences politiques et administratives

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