Plus de 700 000 enfants arpentent les rues de la R.D.Congo sans avoir jamais reçu un seul vaccin (GAVI, Alliance du Vaccin). Ce sont des milliers de vies exposées aux épidémies dues à des maladies pourtant évitables grâce à la vaccination. Ils ont un nom, un visage et vivent dans les rues, les camps de déplacés, des familles extrêmement pauvres ou des orphelinats, parfois, sans suivi vaccinal.
Régulièrement dans le top 5 mondial d’après GAVI, la R.D.C. a l’un des taux les plus élevés d’enfants dit “zéro dose” (enfants n’ayant jamais reçu le moindre vaccin), malgré les efforts du gouvernement et ses partenaires pour intensifier la vaccination de routine.
La véritable question n’est plus de savoir si ces enfants doivent être vaccinés, mais comment les retrouver avant que la maladie ne les trouve en premier.
Pour relever ce défi, il est nécessaire d’élargir son champ d’action au-delà des centres de santé, en s’appuyant sur des acteurs communautaires de confiance. Les communautés religieuses par exemple, et les centres d’accueil des enfants vulnérables, jusqu’alors peu mobilisés.
Environ 70 % des Congolais participent à un service religieux chaque semaine, selon le Rapport sur la liberté religieuse internationale 2011 du Département d’État américain. Peu d’institutions ont un tel pouvoir de mobilisation ni un tel réseau : lieux de culte par milliers, écoles, hôpitaux, orphelinats, et un lien de confiance avec les familles. Cette proximité fait des leaders religieux des relais privilégiés et efficaces pour promouvoir la vaccination et lutter contre la désinformation.
Mon expérience de sensibilisation dans des cadres religieux m’a parfois permis d’atteindre près de 3000 personnes par jour en un laps de temps, et sans déployer d’énormes ressources. Cela a été possible en utilisant leur cadre et leur logistique et en participant à leur programme qui est également diffusé sur leurs chaînes en ligne. Si on intégrait des services de vaccination à ces rassemblements, il serait possible de toucher simultanément un nombre important d’enfants et de familles exclus du système.
Au Nigeria et au Kenya, les cas de l’implication des responsables religieux en faveur de la vaccination sont éloquents et pourrait être adapté au contexte congolais. En 2003, une baisse de la couverture vaccinale et une résurgence de la polio avaient été constatés au Nigeria. Pour restaurer la confiance vaccinale de la population, le gouvernement a travaillé main dans la main avec les autorités religieuses, et cette action a contribué aux efforts continentaux et à une amélioration de la couverture vaccinale, et en 2020, l’OMS a officiellement déclaré toute l’Afrique exempte du poliovirus sauvage.
Au Kenya, des responsables religieux ont diffusé des messages favorables à la vaccination de routine et contre la COVID-19 lors des offices religieux et dans leurs médias communautaires. Une étude publiée en 2024 dans l’European Journal of Development Studies a révélé une amélioration de l’acceptation vaccinale dans les communautés où ces leaders étaient impliqués.[1]
Donc sans adhésion communautaire ni implication des acteurs locaux, le changement peut ne pas être durable.
Les structures d’accueil reçoivent des enfants dont le statut vaccinal est souvent inconnu. En renforçant les liens avec les structures de santé, ces centres peuvent jouer un rôle clé dans l’identification et la prise en charge rapide des enfants à risque.
Cette approche nécessite toutefois une organisation rigoureuse. Elle suppose une formation des leaders religieux comme ambassadeurs de la vaccination, des partenariats opérationnels avec les structures religieuses et les orphelinats, une disponibilité des équipes et des vaccins, et une diffusion régulière de messages de sensibilisation dans les lieux de culte. Concrètement, cela se traduirait par des campagnes régulières dans les lieux de culte, l’organisation trimestrielle des semaines de vaccination communautaires, la mise en place de points de vaccination temporaires, et des mécanismes de référencement vers les centres de santé, des sermons orientés vaccination.
Mon appel s’adresse aux autorités sanitaires et responsables religieux car leur parole et leur engagement feront la différence entre l’exclusion et la protection des enfants.
Le combat contre les enfants oubliés est l’affaire de tous ! Allons dans leur refuge, là où ils prient, là où leurs familles prêtent l’oreille !
Les structures religieuses et communautaires doivent être considérées comme des acteurs de premier rang, le filet qui peut rattraper les oubliés de la vaccination. Chaque enfant retrouvé et vacciné représente une vie protégée, un Congo, où aucun enfant ne doit être laissé pour compte.
Benita Ekutshu,
Coordonnatrice de la Fondation Refuge de Paix
