Départ volontaire du M23 d’Uvira: Muyaya dénonce un retrait trompe-œil

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Patrick Muyaya, ministre de la Communication et Médias était, le mercredi 17 décembre 2025, l’invité du Journal de l’Afrique sur France 24. Réagissant à l’annonce du retrait du M23 de la ville d’Uvira, le porte-parole du gouvernement, note que cette déclaration relève davantage de la diversion que d’un véritable geste de paix. Kinshasa dénonce une manœuvre destinée à protéger le Rwanda, qu’il accuse d’être directement impliqué dans l’escalade militaire, et appelle la communauté internationale à traduire ses engagements en mesures contraignantes, alors que la situation humanitaire dans l’est de la RDC demeure catastrophique.

Une semaine après l’entrée du M23 à Uvira, le groupe armé soutenu par le Rwanda annonce être prêt à se retirer de la ville, à la demande de Washington et sous certaines conditions. Les États-Unis évoquent une violation claire de l’accord de paix. Sur le terrain, des doutes persistent quant à l’effectivité de ce retrait.

 

Journaliste : Monsieur le Ministre, quelle est votre réaction à l’annonce du retrait du M23 d’Uvira ? Avez-vous des informations confirmant que ce retrait a commencé ?

 

Patrick Muyaya : Notre première préoccupation, ce matin, n’a pas été l’annonce du retrait, mais la situation d’intimidations et de menaces subies par nos populations. Nous avons assisté à une véritable mascarade : une manifestation organisée sous la contrainte, à coups de fouet et de pressions exercées par le M23, supplétif du Rwanda. C’est cela qui nous inquiète avant tout.

Pour le reste, cette annonce est un non-événement. Elle relève de la diversion. Le M23, qui est en réalité le bras armé du Rwanda, a toujours nié être concerné par le processus de Washington. Or, aujourd’hui, alors que la pression internationale est clairement exercée sur Kigali vous avez suivi les déclarations de l’ambassadeur américain au Conseil de sécurité et le message du secrétaire d’État américain mettant explicitement en cause le Rwanda c’est soudain le M23 qui se présente comme fautif et annonce un retrait. Cela n’est pas crédible.

 

 

Le M23 affirme pourtant agir sous pression américaine. Est-ce une manœuvre politique ?

Évidemment. C’est une manœuvre destinée à distraire les médiateurs américains, alors que ceux-ci sont engagés à prendre des mesures concrètes. Ce qui s’est passé à Uvira est inacceptable au regard de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, du processus de Doha et du processus de Washington.

Il est inacceptable que Kigali tire des missiles depuis son territoire vers le nôtre. Il est irresponsable d’utiliser des drones kamikazes contre des cibles civiles. Contrairement à l’image présentée ce matin, la réalité à Uvira est celle du désarroi et de la souffrance des populations.

 

Des sanctions contre le Rwanda sont-elles envisageables, sachant que l’accord de Washington n’est pas juridiquement contraignant ?

Nous sommes engagés dans des processus clairs : Washington et Doha. Souvenez-vous de la cérémonie du 4 décembre avec le président américain. Juste après, l’offensive s’est généralisée. Tous les rapports, y compris celui du Groupe d’experts des Nations unies, établissent la présence d’environ 7 000 militaires rwandais engagés sur le terrain.

Ce que nous attendons est simple : le retrait sans condition de toutes les forces rwandaises et de leurs supplétifs du territoire congolais. Le M23 n’est que la brigade avancée ; le Rwanda en est le commanditaire. Si aucune mesure contraignante n’existait, le M23 ne se livrerait pas à ce sacrifice médiatique pour protéger Kigali.

 

Le M23 propose une démilitarisation d’Uvira et le déploiement d’une force neutre. Est-ce une option envisageable ?

En l’état actuel, nous ne pouvons même pas examiner cette proposition sur le fond. Il existe des cadres établis : Doha et Washington. Ce n’est pas une initiative unilatérale, conçue pour protéger le Rwanda, qui peut faire foi.

Il n’était pas question que le M23 et le Rwanda violent les engagements pris à Washington et à Doha en lançant une offensive généralisée. D’ailleurs, les combats ne concernent pas seulement Uvira : ils se poursuivent à Mwenga et sur plusieurs axes au Nord-Kivu, où les forces rwandaises sont contenues par les FARDC.

 

Que révèle cette situation sur les intentions réelles du Rwanda ?

Elle démontre clairement que le président rwandais ne croit pas à la paix. Il pense pouvoir poursuivre l’exploitation illégale des ressources par la violence. Or, les accords signés à Washington visent précisément à sortir définitivement la région du cycle de violences.

La communauté internationale doit en tirer les conséquences. On ne peut pas prôner la paix tout en menant des offensives militaires.

 

Quelle est aujourd’hui la situation humanitaire à Uvira et dans les environs ?

C’est la question la plus préoccupante. Nous comptons au minimum 200 000 personnes déplacées. En une seule journée, entre 22 000 et 25 000 personnes ont traversé la frontière. La situation a été examinée en Conseil des ministres.

Une délégation gouvernementale s’est rendue au Burundi, une autre est attendue en Tanzanie pour évaluer les besoins. Les opérateurs humanitaires parlent d’une situation catastrophique. Le gouvernement fera sa part pour fournir abris et assistance, mais une mobilisation internationale accrue est indispensable.

La meilleure réponse humanitaire reste le retour de la sécurité, afin de permettre aux déplacés de rentrer chez eux dans la paix.

 

L’accord de Washington est-il encore viable dans ce contexte ?

Oui, l’accord est pleinement viable. Nous croyons à la médiation américaine. Nous connaissons les habitudes du président Kagame, peu enclin à respecter les accords. Mais cette fois-ci, l’engagement américain est clair.

Notre présence à Washington démontre que le gouvernement congolais a abordé ces discussions avec sérieux et responsabilité. Ceux qui prospèrent grâce à la violence ne veulent pas de la paix. Mais nous restons convaincus que la voie diplomatique finira par s’imposer.

 

Le Quotidien et France 24

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