Justice française : Le non-lieu pour Agathe Habyarimana ou l’essoufflement d’un récit trentenaire ? (John Ngombua)
La nouvelle vient de tomber : la justice française confirme le non-lieu pour la veuve de l’ancien président rwandais. Après 19 ans de procédure, le verdict est sans appel : insuffisance de charges.
En tant qu’observateur de la région des Grands Lacs, ce dénouement judiciaire m’inspire une réflexion profonde sur le décalage entre la vérité des prétoires et la stratégie de guerre à l’Est de la RDC.
1. Le paradoxe de la preuve
D’un côté, la justice française — malgré des moyens colossaux — admet que 32 ans après, les preuves matérielles s’effacent, rendant impossible la condamnation des figures de proue de l’ancien régime. De l’autre, le régime de Kigali continue de justifier ses interventions militaires en RDC par la traque de ces mêmes « fantômes » du passé.
La question se pose : Si la justice internationale ne trouve plus de preuves contre les individus, comment Kigali peut-il encore justifier des opérations d’envergure contre un groupe (les FDLR) dont la menace est devenue plus rhétorique que militaire ?
2. Les FDLR : Un « fonds de commerce » à l’épreuve du temps
L’argument sécuritaire rwandais semble s’enfermer dans un anachronisme flagrant.
On ne peut pas occuper des pans entiers du territoire congolais en 2026 pour traquer une menace que l’on prétend combattre depuis 1994, tout en ayant contrôlé la zone à maintes reprises sans jamais « achever le travail ».
Ce non-lieu français fragilise la caution morale de Kigali. Si les cerveaux présumés du génocide bénéficient de non-lieux en Europe faute de preuves, le prétexte des FDLR en RDC perd sa dernière couche de vernis diplomatique.
3. Vers une déconstruction du narratif sécuritaire
Cet échec judiciaire est, à mon sens, le révélateur d’une impasse. Il est temps que la communauté internationale interroge la validité des « raisons sécuritaires » avancées pour justifier le soutien à des mouvements comme l’AFC/M23. La traque des génocidaires ne peut plus servir de « chèque en blanc » pour violer la souveraineté de la RDC.
La justice française vient de fermer une porte, mais elle en ouvre une autre : celle de la fin de l’impunité des récits de guerre basés sur des menaces fantasmées. Le droit international demande des preuves, la paix en RDC exige de la sincérité.
