La démocratie en péril : Le défi de la discipline organisationnelle au sein de l’UDPS Tshisekedi
Par:Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza
Vice-President Fédéral et Représentant adjoint de l’udps tshisekedi aux USA
Analyste Socio politique et Expert en Administration Publique
Introduction :
Dans les pays où la démocratie est un fondement politique, la discipline organisationnelle est souvent considérée comme la pierre angulaire du bon fonctionnement des partis. Cependant, au sein de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) de Félix Tshisekedi, ce principe semble s’effriter. Bien que l’UDPS se positionne comme le fer de lance de la démocratie en République Démocratique du Congo (RDC), des tensions entre respect de la hiérarchie et liberté d’expression mettent en lumière une question cruciale : jusqu’où peut-on aller au nom de la démocratie sans tomber dans le désordre et l’indiscipline ? La RDC, un pays aux prises avec de nombreux défis socio-politiques, illustre comment l’absence de discipline au sein d’un parti peut aggraver la situation politique d’une nation.
La démocratie : un concept souvent mal compris
La démocratie est généralement synonyme de liberté d’expression, mais elle nécessite également le respect des règles et structures établies pour fonctionner efficacement. Au sein de l’UDPS, la volonté de certains militants d’exprimer librement leurs opinions a souvent évolué en un manque de respect pour les décisions centralisées. Des incidents récents, où des membres ont publiquement critiqué les décisions prises par la direction, soulignent cette dérive. Selon des témoins, ces comportements ont créé des divisions internes qui compromettent l’unité essentielle à un bon fonctionnement politique.
La notion d’indiscipline est un véritable frein à la progression d’une démocratie mature. Des exemples passés de partis politiques en crise, tant en Afrique qu’ailleurs, démontrent que lorsque les membres imposent leurs opinions de manière déstabilisante, cela conduit inévitablement à une désorganisation. Raymond Aron, dans son analyse des institutions démocratiques, souligne que « la démocratie est un processus, pas un état » (Aron, 1965). Cela signifie que la dynamique démocratique doit être accompagnée d’institutions solides, capables de canaliser les énergies militantes tout en maintenant une structure hiérarchique indispensable.
Pour la RDC, la situation est d’autant plus préoccupante. Les divisions politiques antérieures ont démontré que lorsque le manque de discipline prédomine, le pays se retrouve rapidement plongé dans le chaos. Les tensions au sein de l’UDPS rappellent que la démocratie ne se limite pas à la liberté d’expression, mais qu’elle repose également sur un cadre réglementé qui impose des limites à cette liberté pour qu’elle puisse s’exercer de manière constructive.
Modèles de discipline : le Parti Communiste Chinois (PCC)
Le Parti Communiste Chinois (PCC) offre un exemple frappant de discipline organisationnelle. Dans un système où la centralité de l’autorité est primordiale, chaque membre est soumis à un ensemble de règles strictes. Comme l’a exprimé Xi Jinping, « sans discipline, le parti ne peut pas survivre » (Xi, 2014). Cette approche, bien que critiquée pour son absence de libertés individuelles, permet d’assurer une certaine stabilité interne. Le PCC a instauré des mécanismes rigoureux pour gérer la dissidence et maintenir la cohésion, des leçons que l’UDPS pourrait tirer.
Cette discipline au sein du PCC s’articule autour d’une culture de la subordination à l’autorité et de l’adhésion aux décisions collectives. La contrainte qui en découle peut sembler draconienne, mais elle a pour but de préserver l’intégrité et l’unité idéologique du parti. Dans le contexte congolais, un tel modèle de discipline pourrait sembler excessif, mais il pose la question de la nécessité d’une hiérarchisation rigoureuse au sein de l’UDPS pour éviter des vagues de contestations qui fragilisent davantage le parti.
D’autre part, le PCC démontre qu’une fonction critique de tout parti est la gestion proactive des talents et des aspirations qui surgissent à l’intérieur de ses rangs. Cela nécessite non seulement une discipline stricte, mais aussi une écoute active des préoccupations des militants, afin que chacun se sente valorisé tout en respectant la structure organisationnelle. La gestion de la discipline et des conflits internes est essentielle, particulièrement dans un pays comme la RDC, où les fractures politiques sont si profondes.
Les leçons de l’ANC et de la CCM
L’ANC (African National Congress) d’Afrique du Sud et le CCM (Chama Cha Mapinduzi) en Tanzanie apportent également des leçons précieuses sur l’importance de la discipline organisationnelle. Après des luttes acharnées contre l’apartheid, l’ANC se retrouve confronté à des luttes internes, alimentées par des divergences d’opinion entre anciens et nouveaux membres. Nelson Mandela, dans sa quête pour maintenir l’unité au sein du parti, affirmait que « la discipline est la clé de notre succès » (Mandela, 1994). Cette maxime reste d’actualité, car elle témoigne de l’importance d’avoir une ligne directrice claire qui puisse rassembler les membres autour d’objectifs communs.
Le CCM, pour sa part, a su bâtir sa force sur une loyauté inébranlable envers le parti et une discipline rigoureuse qui évite les conflits internes. En Tanzanie, des mécanismes ont été mis en place pour garantir que même en période de tensions, la direction du parti reste cohérente et unifiée. Cela s’est traduit par une stabilité politique durable, ce qui contraste avec la situation en RDC, où des luttes intestines au sein des partis politiques témoignent d’un manque de clarté dans la hiérarchie.
Ces deux partis illustrent que le respect des structures organisationnelles peut favorise l’unité et des succès électoraux durables. Pour l’UDPS, tirer des leçons de ces expériences pourrait permettre de mieux gérer les rivalités internes, essentielles pour affrontement de défis complexes. Le défi consiste, pour l’UDPS, à instaurer une culture de la discipline qui permette aux militants de faire entendre leur voix sans compromettre l’intégrité du parti.
Les comportements des militants : entre libertinage et liberté
Au sein de l’UDPS, le terme « combattants » désigne souvent des membres passionnés, mais cette passion peut également engendrer des comportements d’indiscipline. Dans un contexte où la critique ouverte est facilitée par les réseaux sociaux, des membres peuvent adopter des attitudes qui frôlent la désorganisation. Plutôt que d’initier des débats constructifs, certains choisissent la confrontation directe, rendant l’expression de divergences profondément beaucoup plus conflictuelle.
Les réseaux sociaux ont amplifié cette distorsion entre liberté d’expression et libertinage. Ce phénomène est visible lorsqu’un militant, au nom de la liberté d’expression, dépasse les lignes rouges en vilipendant publiquement les décisions des leaders du parti. Ces débordements non seulement minent la crédibilité de l’UDPS, mais envoient également un signal négatif au public sur la capacité du parti à se préserver des conflits internes. En effet, ce que certains perçoivent comme une expression audacieuse de leur liberté, d’autres le considèrent comme un manque de respect flagrant envers l’autorité.
Les répercussions de cette dynamique peuvent être préoccupantes. Les militants doivent comprendre que « la vraie force d’un leader réside dans sa capacité à traduire la diversité des opinions en harmonie » (Annan, 2000). Pour rester performants, les partis doivent faire preuve de souplesse tout en préservant des principes de base qui renforcent la discipline interne. Un exemple serait la clarification des voies par lesquelles les membres peuvent exprimer leurs opinions sans menacer l’harmonie du groupe.
Il apparaît donc vital pour l’UDPS d’instaurer des mécanismes de dialogue interne qui permettent aux militants de faire entendre leurs voix sans compromettre l’autorité du leadership. À une époque où les exigences démocratiques se renforcent dans la région, un équilibre entre expression personnelle et respect de l’institution devient essentiel pour maintenir une opposition politique constructive.
Rétablir la discipline interne : une nécessité
Face à ces défis, l’UDPS doit impérativement restaurer une discipline organisationnelle solide. Cela implique non seulement une clarification des attentes vis-à-vis des membres, mais également une réflexion sur les valeurs que le parti souhaite promouvoir. Un code de conduite clair pourrait s’avérer nécessaire pour orienter les comportements des membres, en les incitant à respecter les décisions pourtant parfois impopulaires des instances dirigeantes.
Une forme d’éducation continue à la démocratie serait également indispensable, non seulement pour préparer les membres aux débats internes, mais aussi pour renforcer leur engagement vis-à-vis de l’unité du parti. Les membres devraient être formés non seulement aux valeurs démocratiques, mais aussi à l’importance d’un cadre réglementé qui canalise les énergies vers la réalisation des objectifs communs. En effet, « la démocratie ne peut être garantie que par la discipline » (Kaldor, 2003).
Une perspective constructive pourrait inclure la mise sur pied de forums internes où les membres pourraient discuter ouvertement de leurs préoccupations tout en respectant la hiérarchie. Ces initiatives contribueraient à créer un environnement propice aux échanges constructifs tout en instaurant un climat de respect mutuel. De telles mesures seraient essentielles pour que l’UDPS puisse retrouver une structure dynamique et réactive, capable de naviguer dans le paysage politique tumultueux de la RDC.
Conclusion :
La démocratie ne peut prospérer dans l’indiscipline. Les partis, surtout ceux qui aspirent à devenir des modèles de respect démocratique comme l’UDPS, doivent renforcer leur discipline interne. L’objectif n’est pas d’éradiquer la liberté d’expression, mais plutôt de créer un cadre où celle-ci peut s’exprimer de manière constructive. En fin de compte, un parti discipliné est plus apte à porter les aspirations de son peuple et à agir avec responsabilité et cohérence dans un contexte politico-social complexe comme celui de la RDC.
Références
- Annan, K. (2000). *Nations Unies : le langage de la paix*. Paris : Flammarion.
- Aron, R. (1965). *Démocratie et totalitarisme*. Paris : Éditions de Fallois.
- Kaldor, M. (2003). *Global Civil Society: An Answer to War*. Cambridge: Polity Press.
- Mandela, N. (1994). *Long Walk to Freedom: The Autobiography of Nelson Mandela*. Boston: Little, Brown.
- Xi, J. (2014). Discours à la Conférence du Parti Communiste Chinois. Journal du PCC.
