Les joyaux de l’Académie Mohammed VI

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Ils n’ont ni le même poste, ni le même itinéraire, ni la même manière de se raconter ballon au pied. À l’approche du coup d’envoi de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations 2025, dimanche face aux Comores au stade Moulay Abdellah de Rabat, Nayef Aguerd, Azzedine Ounahi, Oussama Targhalline, Youssef En-Nesyri et Aït Boudlal Vont pourtant incarner le récit d’une histoire commune. Celui d’un projet mûri dans le temps, né d’une vision royale et devenu, aujourd’hui, une réalité pleinement assumée au sommet du football continental : l’Académie Mohammed VI de football.

Pour cette CAN disputée à domicile, le Maroc ne s’est pas présenté uniquement avec l’ambition d’un titre attendu depuis cinquante ans. Il a aussi avancé avec un symbole fort : cinq internationaux formés dans un même centre, alignés au plus haut niveau, dans une compétition où la pression, l’exigence et l’exposition ont atteint leur paroxysme.

Une vision devenue structure

« L’Académie Mohammed VI a été le fruit d’une vision et d’une initiative royale de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste », a rappelé Tarik El Khazri, responsable du recrutement. Une vision pensée pour élever durablement le football marocain, en privilégiant la construction à long terme plutôt que les réponses immédiates.

Lorsque Nasser Larguet a été nommé premier directeur technique, le chantier a semblé immense. « Je suis arrivé avec une feuille blanche sur un projet porté par Sa Majesté », a-t-il confié. Tout a été conçu ex nihilo : architecture, méthodologie, encadrement, modèle éducatif. Entre 2007 et 2010, l’Académie a pris corps. Larguet a sillonné le pays, observé plus de 15 000 enfants et n’en a retenu que 37. Le filtre a été radical, assumé.

 

Très vite, l’initiative a dépassé le stade du laboratoire. « Dès la deuxième année, des joueurs de l’Académie ont intégré les sélections U17, U20 et olympiques », a expliqué Larguet. La dynamique a été enclenchée.

Une formation commune, des destins singuliers

Aguerd, Ounahi, Targhalline, En-Nesyri, Aït Boudlal : cinq profils, cinq trajectoires, une même matrice. « Aujourd’hui, on parle d’une véritable marque AMF », a insisté Tarik El Khazri. Une signature reconnue au Maroc comme ailleurs en Afrique.

Cette marque s’est exprimée dans le jeu — maîtrise technique sous pression, justesse dans les zones denses — mais aussi dans l’attitude. « Une humilité face au travail, et une conscience claire de représenter quelque chose qui dépasse l’individu », a-t-il poursuivi.

Nayef Aguerd a incarné cette rigueur. Défenseur central posé, il s’est imposé comme un cadre naturel de la sélection. Azzedine Ounahi a symbolisé la lecture du jeu et la gestion du tempo. Oussama Targhalline a apporté discipline et équilibre au milieu. Youssef En-Nesyri, arrivé très jeune à l’Académie, a transformé son potentiel athlétique en rendement au plus haut niveau. Quant à Aït Boudlal, il a incarné la continuité, cette génération montante déjà façonnée par les mêmes standards.

La maturité d’un modèle

Pour Tarik El Khazri, la présence de ces cinq joueurs à la CAN 2025 n’a pas constitué une finalité, mais une validation. « La maturité d’un modèle se mesure à sa capacité à produire des titulaires et des cadres dans des contextes de très haute pression, pas seulement des professionnels. »

Le recruteur a écarté toute idée de réussite précoce. « Le pari n’est jamais gagné à la détection ni à la signature. Il l’est lorsque le joueur stabilise son niveau avec son club et en équipe nationale A, dans la durée. » L’exigence a été claire : viser au moins dix saisons au plus haut niveau.

Les chiffres ont confirmé cette solidité. Sur les 57 joueurs accompagnés sous le mandat de Nasser Larguet, 47 sont devenus professionnels, 15 ont évolué en Europe, plusieurs ont disputé Coupes du Monde, Jeux Olympiques et CAN. La formation marocaine n’a plus été une promesse, mais une filière structurée.

L’humain au cœur du projet

Au centre du dispositif, il y a eu plus que le football. « Quand on a parlé d’éducation, on a tout dit », a martelé Nasser Larguet. Respect, discipline quotidienne, vie en collectivité, scolarité pensée comme un filet de sécurité : rien n’a été laissé au hasard.

Les enfants ont intégré l’Académie à neuf, dix ou douze ans, sans garantie de carrière professionnelle. L’institution l’a pleinement assumé. « Une carrière s’arrête à 30 ou 35 ans. Il faut anticiper l’après », a rappelé Larguet. Cette exigence éducative a forgé des joueurs capables d’absorber la pression, de traverser les revers et d’aborder les grands rendez-vous avec lucidité.

Une CAN comme vitrine continentale

La TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations, Maroc 2025 a joué le rôle de révélateur. « L’Afrique est capable de produire l’excellence pour l’Afrique », a affirmé Tarik El Khazri. L’Académie Mohammed VI s’est imposée comme un épicentre du savoir-faire continental, conjuguant infrastructures de pointe et méthodologie innovante.

Le message a été limpide : la réussite n’exige plus un exil précoce. « On peut y parvenir chez nous », a répété Nasser Larguet, dans un environnement maîtrisé, avec des repères culturels solides.

La fierté d’un international

Pour Nayef Aguerd, cette CAN à domicile a revêtu une dimension singulière. « Faire partie de cette équipe qui joue la CAN au Maroc a été un immense honneur. » Le défenseur n’a pas oublié le point de départ. « Tous les remerciements reviennent à Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour sa vision globale du football marocain et africain. »

Sans emphase, Aguerd a résumé l’essentiel : représenter l’Académie Mohammed VI dans cette compétition a été à la fois une fierté et une responsabilité. « Nous avons tout donné pour défendre cette Académie, notre pays et ses valeurs. »

Un héritage et un objectif

Dans vingt ans, comment racontera-t-on cette CAN 2025 ? Tarik El Khazri a tranché : « Je préfère les deux : un titre, et un chapitre fondateur dans l’histoire de l’Académie Mohammed VI. » Le Maroc vise un trophée continental qui lui échappe depuis 1976, mais au-delà du résultat, il a consolidé, au fil du temps, une domination méthodologique patiemment construite.

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